Tonogravure. Tonograbado

LE PROCESSUS D’INVENTION DU ” “TONOGRABADO” “

Tout processus d’invention nait du besoin d’élargir son champ d’action. En ce qui me concerne, c’est dans le domaine de l’œuvre graphique que j’ai développé principalement mon travail créatif, limité parfois par faute de moyens à ma portée. De bien des aspects les champs d’action sont vastes, mais cette nécessité de continuer à chercher m’a amené à prévoir la possibilité de capter des éléments essentiels propres à la peinture sur une matrice de gravure; cette fluidité de pensées et désirs nés d’une hypothèse basée sur des relations supposées entre les caractéristiques du monotype, le carborundum et peut-être aussi l’usage d’une matrice faite avec de la colophane, donnèrent naissance à ce que j’appelle aujourd’hui ” “TONOGRABADO” ”

Mais pour comprendre la dimension réelle de cette nouvelle technique, j’ai analysé les antécédents qui pourraient m’être utiles dans la confluence plastique avec le projet de ma première hypothèse pour créer un nouveau processus technique. La valeur des techniques basées sur l’obtention de tonalités avec des gouaches, les possibilités de graphismes, cette trace qui transmet la propre facture d’un artiste est-ce qui me poussa à évaluer toutes ces questions. Sans oublier la liberté du geste qui permet l’émergence de l’empreinte du créateur, ceci étant un des aspects intrinsèques du “Tonograbado”. Avec l’empreinte ou le volume de la trace de peinture à l’huile déposée sur la surface adéquate, et y ajoutant le carborundum, on enregistre sans problème des épaisseurs de 3 ou 4 mm sans nécessité de contre moule, tout en conseillant l’usage de papier artisanal pour obtenir une image optimale. Mais cette analyse nous indique que ces techniques servent d’antécédents à la technique proposée en combinant les caractéristiques finales du “Tonograbado” comme elles sont, les valeurs tonales, la liberté du geste, le volume. De façon isolée ou par un système de retraits dans quelques cas, alors que dans le cas du “Tonograbado” en une seule matrice, sans la nécessité de retraits, on obtient une planche stable, durable et de qualités excellentes. Lesquelles, ici se trouvent isolées dans ce nouveau processus technique, et convergent vers une matrice unique.

Henri Goetz, créateur de la gravure au carborundum fut aussi un “inventeur” ( comme tant d’autres ) et ce processus est primordial pour obtenir un matériel qui retienne l’encre, ses recherches résolvent le problème de rétention de l’encre avec l’étude qu’il développa sur les différents broyages, il apporta des qualités tonales palpables, ce qui amplifie le champ de développement des différentes images, cependant je constate que la configuration de la structure granuleuse de l’image dans le processus de Goetz découle de l’adhérence du grain à la base et dans l’autre par inclusion dans la matrice “liquide”. Pourtant cette circonstance technique détermine des résultats distincts, bien que la structure tonale qui découle du processus de Goetz soit plus limitée que dans le cas du “Tonograbado”. L’évolution propre de la matrice apporte des caractéristiques singulières au langage graphique, ce développement démontre la continuelle régénération du langage de l’œuvre graphique en s’adaptant d’un côté à l’approche de l’art contemporain et d’un autre à l’usage des éléments industriels pour l’obtention de résultats caractéristiques et singuliers. Analysant cette évolution et sa concrétion j’en conclu que, quant au mode dans lequel on crée la matrice c’est dire, en forme de moule, et en comparant le “Tonograbado” avec d’autres systèmes de moules déjà existants, nous vérifions qu’aucun d’eux n’a la capacité de retenir l’encre en échelles tonales relatives à l’image initiale et donc ne combinant pas les 2 éléments essentiels de l’identification de l’image finale avec l’originale en niveau de tons et de volumes. Il existe donc une singularité de plus dans le processus du “Tonograbado”.

Le papier a été et est un des supports traditionnels de l’œuvre graphique. La chaleur du papier et ses potentialités comme support et son évolution dans l’œuvre graphique depuis Pierre Courtin ont été déterminants dans mon approche à l’œuvre graphique. Ses possibilités sont incalculables, elles permettent son adaptation aux différentes techniques, du papier industriel, artisanal ou fait main. Amplifiant ses possibilités de façon à le travailler depuis sa version “liquide”, en le manipulant et en l’adaptant à la matrice pour obtenir des feuilles qui puissent recueillir tous les éléments graphiques de cette matrice. De ces trois papiers c’est le papier fait main qui de par sa configuration s’adapte le mieux au processus et donne les meilleurs résultats. Car il épouse le moule avec fidélité et n’a pas besoin de contre moule pour aller chercher l’encre dans la matrice. Sans oublier les possibilités chromatiques des fibres du papier qui déterminent un type d’image au-delà de la feuille blanche ou couleur ivoire.

Me référant au monotype, j’affirme que face à lui le “Tonograbado” nous permet la répétition de l’image avec toute la richesse tonale, texturale et graphique alors que le monotype ne nous donne qu’une image unique. Cependant et pour être justes il faut reconnaître que l’échelle tonale du monotype sera toujours plus grande que dans le cas du “Tonograbado”. N’oublions pas que nous comparons une image directe avec image obtenue par le biais d’une matrice et de son impression sur un support différent du modèle. De même il faut dire que les trois méthodes de réalisation d’images liées au monotype, c’est-à-dire par addition, soustraction et traçage permettent son adaptation à la technique proposée. Ce qui nous donne une information directe puisque la fidélité entre l’esquisse initiale créée par la méthode du monotype est similaire à l’estampe finale avec l’avantage de ne pas être obligé d’intervertir l’image par le système de moules déjà mentionné.

Au vu du langage de la technique, on peut vérifier la grande diversité de ressources graphiques que compte cette technique. Ceci est essentiel pour la considérer d’une part comme une technique autonome et d’autre part comme une technique de premier ordre qui de par ses différents champs d’action enrichit les possibilités plastiques du “Tonograbado”. Dans notre première analyse nous avons centrés les résultats sur les qualités plastiques de la matrice en utilisant différents outils et des diluants ce qui permet une série d’images singulières. En suivant nous nous sommes focalisés sur le papier ses fibres, obtenant une série d’images avec des caractéristiques propres incluant la singularité que donne la fibre de couleur dans la création de l’image finale, tout en essayant le bristol, les papiers métallisés et “fondinos”.

Festa O Misteri d’Elx a fournit une série d’images, qui sans la visibilité du processus de la technique en soi, mais de part la majesté de cette représentation du fin du moyen-âge, apporte une richesse aux images finales. La couleur et ses combinaisons en creux et en relief ont étés déterminantes dans l’exécution finale du processus. Le potentiel de toutes les ressources démontre les possibilités plastiques du processus du “Tonograbado”, qui sont une ample preuve de celles-ci et aussi de la liberté créatrice que chaque artiste pourra développer.

Par conséquent le “Tonograbado” est un processus facile d’accès et qui pourra être la clé dans le développement de nouvelles images au vu de ses qualités.

Sans aucun doute, un outil pour les artistes qui cherchent la liberté du geste, l’intensité tonale d’une tache et du volume que donne le “moule-matrice”

Texte Antonio Navarro

Traduction Lolita Moragues Pugibet

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